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Les Manobos
Les Manobos du Sud des Philippines
Au Sud des Philippines, l'île de Manado est le territoire de "tribus en voie d'extinction" ou de "populations indigènes". Le terme "populations indigènes" veut désigner ici tout à la fois les tribus d'origine et les communautés musulmanes ou islamisées. Elles sont engagées dans un combat pour leur survie dans tous les domaines : économique, en défendant leurs terres ancestrales et la possibilité de subvenir à leurs besoins en nourriture ; politiquement, et c'est là qu'elles sont le plus démunies et oppressées ; culturellement, car leurs communautés sont en passe de perdre leur identité et de connaître la désintégration.
L'organisation Kulaman-Dulungan Manobo (KMDO)
Le KMDO (Kulaman-Dulungan Manobo Organization) chapeaute et coordonne les efforts des 23 chefs de tribus (Datu') du Kulaman. Cette organisation s'est renforcée grâce à la mise en place d'un programme commun. Des responsables ont été élus l'année dernière pour un mandat de 2 ans lors d'une assemblée générale. Des sessions de formation ont été organisées pour eux et ils se réunissent tous les deux mois. Autrement dit, le KMDO a fait ses preuves comme organisation au Kulaman. Il est actuellement affilié à la fédération des Lumads qui a été constituée à Marbel, au sud de Cotabato, les 28-30 mars 2001.
Stages de formation et séminaires
Les sessions d'éducation et de formation continue pour les responsables et les membres de l'organisation sont les principaux éléments du processus d'organisation communautaire. Nous insistons beaucoup sur cet aspect.
La réclamation des terres ancestrales
La commission nationale pour les populations indigènes (NCIP) joue un rôle très important dans la situation de ces populations (Lumads). Il s'agit d'une agence gouvernementale agissant sous l'autorité directe du Président des Philippines. Elle est la principale agence gouvernementale chargée de formuler et de mettre en œuvre la stratégie, les plans et les programmes visant à protéger et promouvoir les droits et le bien-être des populations indigènes ainsi que la reconnaissance de leurs terres ancestrales et leurs droits sur elles.
Le NCIP est mandaté pour protéger et promouvoir les intérêts et le bien-être des populations indigènes en total respect de leurs croyances et de leurs coutumes, de leurs traditions comme de leurs institutions.
J'insiste sur ce statut du NCIP à cause de son rôle dans le processus du Manobos Ancestral Domain (territoire ancestral des Manobos). C'est cette agence qui a permis la reconnaissance des terres ancestrales des Manobos. D'une certaine façon l'actuel statut du NCIP a une incidence sur notre mission et notre combat pour obtenir un territoire en faveur de la populations de Kulaman, spécialement les Manobos.
Lorsque l'Acte 8371 (Republic Act 8371) plus connu sous le nom d' « Acte du droit des populations indigènes » (Indigenous People Right Act) fut voté et avalisé à la fois par le sénat et le congrès en 1997, il prit force de loi. Toutefois, moins d'une année après, et avant qu'il ne soit mis en application, cet Acte constitutionnellement voté fut remis en question par un groupe de juristes appuyés par certaines multinationales et entreprises minières. La Cour suprême ordonna alors sa suspension. Mais le 6 décembre 2000, cette même Cour suprême revint sur sa décision et jugea l'affaire classée.
Actuellement, nous travaillons pour aider les populations indigènes à recouvrer leurs terres. Nous poursuivons ainsi notre mission, la loi étant notre protection et notre garantie en faveur des populations indigènes.
Programmes de moyens de subsistance alternatifs
Organiser et suivre une communauté, réclamer un territoire ancestral, représente un long processus. Travaillant dans ces régions, nous voulons présenter ici nos programmes :
Pisciculture
Ce programme fut introduit l'année dernière. Outre la culture du maïs et du riz , les Manobos font des étangs à poissons et élèvent des tilapias. Un tel programme est efficace et rentable puisque le volume de poisson obtenu permet de subvenir aux besoins des membres de la communauté.
Distribution de semences
Cette année nous avons distribué 600 kg. de semences de riz dans les 5 villages de Laguton, Bagsiug, Tudog, Siokong, Blangas). 800 kg. de semences de maïs ont aussi été mises en vente dans d'autres endroits. Des semences d'arachides ont aussi été distribuées dans les deux villages de Kiasal et Poblaion. Nous avons également initié les Manobos aux récoltes régulières de fruits et de café.
Animaux de trait et matériel agricole
En septembre 2001, nous avons distribué 3 carabaos dans trois villages (Bagang-Bagang, Nati et Kalibuhan). Divers outils ont été attribués aux villages déjà organisés. Dans la réalisation de ce genre de programme nous ne trouvons que des problèmes très limités. Les Manobos partagent volontiers leurs animaux de trait et leurs outils aux villages avoisinnants.
Programme travail-contre-nourriture
Nous poursuivons notre programme de travail-contre-nourriture prévus pour des travaux collectifs tels la construction de routes (pour chevaux et carabaos), des étangs à poissons, des champs communaux de maïs et de riz.
Programme d'alphabétisation
Nous continuons nos programmes d'alphabétisation sous forme de cours formels à l'école Notre Dame de Kulaman et d'éducation informelle pour enfants et adultes dans quelques villages choisis en pays Manobo.
Menaces encoures et difficultés rencontrées :
La paix et l'ordre sont parfois instables ;
L'arrivée d'un surplus d'habitants dans certaines villages Manobos. Ces nouveaux venus introduisent dans les Lumads une "nouvelle culture", celle du jeu, de l'alcool et autres vices ;
En d'autres endroits on note aussi quelques cas de vols de terres commis par des nouveaux arrivants ;
Au niveau local un nouveau type de leadership a été introduit par les autorités gouvernementales qui crée la confusion chez les villageois. Ainsi sont mis en fonction des barngay/sitio leaders au lieu des chefs tribaux/Datu' locaux ;
Les nouveaux arrivants assimilent bon nombre de Manobos ;
Beaucoup de villages sont encore dépendants de l'aide extérieure. La sécurité alimentaire n'est pas encore assurée parmi les Lumads.
(Raffy Tianero, OMI)
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